Mis en avant

Editorial

Les grecs étaient superficiels par profondeur.

Friedrich Nietzsche, Naissance de la tragédie

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous vivons aujourd’hui en des temps où l’information abonde. Images, sons, idées nous submergent du matin au soir.

Si la quantité en est infinie, la qualité de ces informations n’a jamais été aussi rare. Le domaine de la mode ne fait pas exception. Hélas, nous sommes encore à l’ère de la fast fashion. Des collections innombrables s’enchaînent de manière interchangeable. Les fashion weeks font place les unes aux autres sans apporter aucune substance. Vogue, Elle et autres ne sont plus capables d’imposer leur goût comme référence.

Les maîtres italiens ont trouvé dans la Grèce antique un idéal de beauté qu’ils ont su adapter aux goûts naissants de leur présent. L’antiquité classique fut une paire de lunettes éclairant leur présent d’une lumière nouvelle. Le résultat fut une Renaissance qui reste une des époques les plus brillantes de la culture occidentale.

A l’instar de la vitesse aveugle de nos contemporains, Substance entend apporter à ces lecteurs une vision éclairée. Nous avons l’ambition de devenir un média de référence pour tout étudiant sérieux de la mode, c’est-à-dire cet art de vivre son présent.

Nous proposerons des articles de qualité sur l’histoire, ainsi qu’une analyse des tendences présentes, tout en passant par les différentes clés de compréhension de la mode

Sincèrement votre,

Philippe Park

Beaudelaire et modernité

La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable

Beaudelaire, Le peintre de la vie moderne

La mode est un phénomène de modernité par excellence. Depuis le début de l’époque moderne, son concept a été compris de manière diverse par ses contemporains. Nous vous proposons de suivre celle qu’à proposé le fameux poète dans son Peintre de la vie moderne.

La modernité n’est certes pas la révérence envers le passé : il s’agit pour l’auteur des Fleurs du mal, de saisir ce qu’il y a d’éternel dans le fugitif. Mais que veut-il dire concrètement ?

La tendence est un tel aspect du présent. Sa valeur réside principalement dans son aspect transitoire, sa nouveauté. L’enchaînement des collections suivent ou définissent ces tendences au fil des saisons. Telles sont les tendences dans la mode : ces ensembles de pratiques collectives transitoires, fugitives et contingeantes

Ces tendences ne peuvent pas se démarquer par le seul fait de leur nouveauté. Quand une robe plissée, des lunettes noires ou des minijupes deviennent tendences, c’est relativement à leur moment car très vite elles deviennent has been. Il s’agit de la conséquence de la nature même de toute tendence.

Pour qu’une tendence puisse définir une époque, il faut alors au créateur le génie d’un coup d’oeil. C’est le coup d’oeil d’Anna Wintour dans sa prémière couverture en tant que rédactrice en chef de Vogue en novembre 1988.

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Peter Lindbergh a ici parfaitement la modèle israëlienne Michaela Bercu. Anna commente :

What none of us expected was to run that picture on the cover, least of all the magazine’s printers, who called up and asked with some consternation, “Has there been a mistake?” I couldn’t blame them. It was so unlike the studied and elegant close-ups that were typical of Vogue’s covers back then, with tons of makeup and major jewelry. This one broke all the rules. Michaela wasn’t looking at you, and worse, she had her eyes almost closed. Her hair was blowing across her face. It looked easy, casual, a moment that had been snapped on the street, which it had been, and which was the whole point. Afterwards, in the way that these things can happen, people applied all sorts of interpretations: It was about mixing high and low, Michaela was pregnant, it was a religious statement. But none of these things was true. I had just looked at that picture and sensed the winds of change. And you can’t ask for more from a cover image than that.

Cela enfreignait toutes règles établies. Michaela ne vous regardait pas, et pire, ces yeux étaient presque fermés. Ces chevreux s’envolait sur son visage. Tout avait l’air facile, casual, un moment pris dans la rue comme ça, ce que c’était, et qui en était d’ailleurs tout l’intérêt. Par la suite, comme d’habitude avec ce genre de chose, les gens ont se sont adonné à toute sorte d’interprétations : Il s’agirait de mélanger ce qui est haut avec ce qui est bas, Michaela serait enceinte, ce serait un testatement religieux. Mais rien de tout cela n’était vrai. J’avais juste regardé cette photo et senti les vents du changement. Et vous ne pouvez pas demander plus à une couverture.

Ce que Anna Wintour saisissait n’était pas juste une tendence, mais l’esprit de son époque qui était en pleine mutation. Cet air casual est encore en vogue aujourd’hui, comme le montre le style d’Emmanuelle Alt, actuellement rédactrice en chef de Vogue Paris. En mettant en avant une femme naturelle, ancrée dans son quotidien, Anna a montré la femme dans sa réalité telle qu’elle sera toujours. En un mot, elle a saisi ce qu’il y a d’éternel et d’immuable dans son présent.

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